On partait sur la route, pour le plaisir d'être ensemble. Sûrement avec un fond de Beatles, mais je devais être trop petite pour bien m'en rappeler. Ce bleu. Eclatant. Couleur ciel, parce que c'était ça le pur bonheur, celui qui nargue le paradis. Je ne savais jamais où on allait. Tu sais, comme ces mondes merveilleux que tu imagines, enfant. Tu te crées un univers bien à toi, avec peu de choses. Mais l'essentiel était là. La curiosité, la complicité. Ce sentiment de puissance. Parce que oui, c'était puissant cet amour inné. On a beau dire que c'est normal, moi je trouve ça grandiose. Te souviens-tu de ton sourire, celui qui me disait de patienter, mais surtout de profiter. Il avait raison. J'aimais l'insouciance de l'enfance, et j'aimais le regard que tu me portais. Le bon temps, c'est ça ? Celui qui implique obligatoirement la nostalgie ? Et si c'est ça le complexe d'Electre, alors excuse-moi de n'avoir pas évoluée. Tu es devenu l'intouchable, tu ne réagis plus aux SOS. Peut-être qu'après tout ça, c'est ton indifférence qui fait le plus mal. Ce jour-là j'aurai voulu que tu viennes me prendre dans tes bras, plutôt qu'on parte chacun avec notre douleur. Même un sourire de tristesse m'aurait suffit, rien qu'un signe pour dire " Je ne sais pas si je vais comprendre ce qui s'est passé, mais je vais essayer. Maintenant on est deux contre cette merde ". Mais non, tu es parti avec tes larmes, les as essuyées, et a fait comme si de rien était. Tu n'acceptes pas, alors finalement on est deux de plus dans cette merde. Mais où est-ce qu'il est le faux pas entre toi et moi ? Je pensais qu'on serait toujours dans une bulle, malgré tous les problèmes autour. Alors chaque matin on se dit bonjour, mais après il y a un point final. Et si demain on reprenait tout ça, mais qu'on rendait tout meilleur, tu sais comme dans la chanson. On pourrait repartir, sans savoir où atterrir. Et si on atterrissait jamais ? Il ne me reste plus que ce CD bleu " The Beatles / 1967-1970 ", à écouter en boucle. Il ne nous reste plus que ces yeux bleus, qui virent au gris. Le ciel d'autrefois n'est plus. Il fallait être deux pour qu'il prenne cette couleur.
Oh Dad, tell me you believe in yesterday.